Respiration et méditation zen

Inspiration expiration respiration meditation
Inspiration expiration respiration meditation

Respirer dans la simplicité

Q : En zazen j’ai du mal à trouver soit ma respiration, soit « la » bonne respiration, car ce n’est pas aussi simple qu’il y paraît, en tous cas pour moi… je me concentre … du coup il y a un effet sur les pensées. Ce n’est pas simple ni physiquement ni mentalement.

Pascal-Olivier Kyōsei Reynaud : La respiration devient compliquée si on cherche à la définir exactement ou à l’enfermer dans un système.

Cela devient compliqué parce que notre esprit est compliqué et qu’on va mettre le mental sur un processus naturel qui s’actualise de lui-même à chaque instant.

La respiration est comme elle est, elle se réalise dans la simplicité de sa réalité.

Dans la méditation zen, la consigne de base est d’aller jusqu’au bout de chaque expiration et d’être attentif au processus de la respiration.

Sur cet aspect de l’attention,  j’aime bien la manière d’enseigner de Maître Thich Nhât Hanh qui est d’apprécier pleinement, de ressentir, d’être vraiment un avec sa respiration, d’être en lien pas seulement mécaniquement mais aussi au niveau du ressenti. La pleine conscience c’est de ressentir pleinement ce qui se vit.

L’enseignement Bouddhiste sur la respiration c’est d’être conscient de l’expiration lorsque l’on expire, de l’inspiration quand on inspire, d’être conscient de la réalité de sa respiration dans son entièreté.

Il peut y avoir un problème par rapport à l’enseignement sur la respiration qui utilise des images comme par exemple celles de « pousser sur les intestins » ou le « meuglement de la vache » ou « l’expiration du bébé qui crie à sa naissance ».

Ces images, qui souvent sont dites sans vraiment donner d’explications, au lieu d’aider à comprendre finalement créent beaucoup de confusion parce que du coup ça devient une sorte de compétition avec soi-même à vouloir expirer le plus longtemps possible.

La simplicité c’est d’être naturel et détendu

Mon conseil est de rester simple et de laisser la respiration s’installer d’elle-même en acceptant de ne pas être dans la maîtrise.

Parce que si on veut être dans la maîtrise, on va créer une respiration artificielle qui correspond à ce désir de maîtrise.

Je pense aussi que c’est l’occasion de se mettre en état d’ouverture sans rien attendre, sans rien savoir, sans rien rechercher, du coup la respiration on la laisser se dérouler par elle-même.

A mon avis, la consigne la plus intéressante est celle d’aller au bout de l’expiration. Les poumons se vident et l’esprit devient calme, en fait c’est comme s’il descendait avec l’expiration, on laisse ses pensées.

Il y a une respiration à la fois d’ordre physique et il y a une respiration d’ordre énergétique, plutôt subtile. Mais si on devient un technicien de la respiration, à mon avis on devient compliqué et là on risque d’être perdu parce qu’alors on n’est plus du tout naturel.

Faire confiance au corps

Il faut faire confiance au corps, être intime avec le corps que l’on est, trouver sa stabilité et sa respiration et par l’expérience on va se rendre compte qu’il n’y a pas qu’une respiration mais que parfois elle a des modalités différente.

Je parle de à partir de mon expérience, il y a des modalités qui peuvent être différentes dans sa réalisation, c’est comme s‘il n’y avait pas qu’une seule manière de respirer.

C’est comme si parfois j’étais plus conscient de la respiration « ordinaire », de l’air qui sort des poumons par le nez et d’autres fois c’est la conscience d’une respiration plus dans la trachée, dans l’intérieur du corps ou encore c’est comme si c’était tout le corps qui respirait, pas seulement les poumons.

Je pense qu’il faut laisser la place à l’expérience de la respiration sans chercher à l’enfermer obligatoirement dans une forme particulière.

De toute façon, si on ne respire pas on meurt. Il faut faire confiance au corps de nous soutenir encore longtemps.

Pour compléter, c’est vrai qu’au niveau à la fois physique, énergétique, mental il y a dans l’expiration une « descente » vers le bas.

Dans la méditation en allant au bout de l’expiration on amène l’énergie dans le hara, le kikai Tanden, le centre énergétique suivant la tradition chinoise et japonaise. C’est la réalité par la pratique avec le corps qui est non verbale, c’est à dire on est vraiment dans la dimension du vivant.

Même si on a des pensées, comme elles ne sont pas spécialement entretenues dans ce moment de la présence à la respiration, on est un corps qui est assis, immobile, qui expire. Il y a juste à suivre ça.

Le bouddha, dans le Satipatthana sutta qui est le sutra sur l’attention et notamment sur l’Ānāpānasati l’attention au souffle, dit :

« Quand j’inspire je suis conscient que j’inspire, quand j’expire je suis conscient que j’expire,  si la respiration est courte, je suis conscient que la respiration est courte, si la respiration est longue, je suis conscient que la respiration est longue »

A aucun moment il ne dit : « poussez sur le hara, meuglez comme une vache ou criez comme un nouveau-né« . 

Ne pas en faire un problème

Ce sont des images qui sont venues se plaquer sur l’attention à la respiration et qui avaient une vocation pédagogique. Mais j’ai l’impression que dans le zen c’est devenu une sorte d’étiquette à laquelle on essaye de se conformer et si jamais on ne ressent pas ça on se dit : « je ne peux pas, je ne sais pas respirer » ou « je n’arrive pas à faire comme ça », … Je pense qu’il y a un phénomène de cette ordre et que certains sont perdus avec la respiration.

Pour résumer, en méditation, la respiration harmonieuse se réalise à partir d’une posture correcte. Elle s’établit dans un rythme naturel, libre et détendu, basé sur une expiration douce, longue et profonde. L’air sort lentement et silencieusement par le nez, tandis que la poussée due à l’expiration descend dans le bas-ventre.

Merci.

Mondō (question-réponse) avec Pascal-Olivier Kyōsei Reynaud

Crédit photo : Unsplash

Aller plus loin…

Textes sur méditation zen et respiration :

« Nous devons nous concentrer sur l’expiration et laisser l’inspiration se faire automatiquement. L’expiration doit être plus longue que l’inspiration. L’expiration est l’essence et le secret de la pratique du zazen.

Par cette expiration, on peut vivre le vrai calme, sans pensées, trouver la vraie pureté (…) »

Bulletin de l’Association zen d’Europe – N°8, p. 8

« Pousser sur le ventre est une mauvaise expression que beaucoup de gens interprètent en gonflant et sortant l’abdomen. L’exécution correcte de l’acte respiratoire est fonction d’une liberté articulaire thoracique suffisante (…) et d’un jeu diaphragmatique complet (…) »

I shin den shin jui-juillet 1973 – N° 4 et 5 (AZI) p.14

« L’air contient l’énergie de la vie universelle que nous recevons par les poumons et par chacune de nos cellules, il est donc important de savoir respirer. »

(…) « L’énergie de la vie universelle contenue dans l’air se transforme alors en l’énergie de la vie humaine. Plus on est réceptif à cette vie universelle plus notre propre énergie s’accroît et moins on a besoin, par exemple, de calories alimentaire. La phase d’inspiration correspond à un approvisionnement tandis que l’expiration, lente et profonde, permet la diffusion de cette énergie dans tout le corps. »

(…) « En pratiquant zazen on apprend à utiliser inconsciemment cette respiration dans la vie quotidienne et on acquiert de la même façon cette énergie universelle.

Cette respiration est aussi le moyen de réaliser l’unité du corps et de l’esprit. » (…)

I shin den shin 1973 – N° 4 et 5 (AZI) p. 12 et 13

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