Hokyo zanmai – Le samadhi du miroir précieux

Imprimer

Hokyo zanmai – Le samadhi du miroir précieux

Portrait de Dongshan-Liangjie - Tozan-Ryokai

Portrait de Dongshan-Liangjie – Tozan-Ryokai

Hokyo zanmai (ch. San-mei-k’o) « Le samadhi du miroir précieux »
est un poème composé au IXe siècle par le maître Chan Tozan Ryokai (807-869), successeur de maître Ungan Donjo et maître de Sōzan Honshaku et de Ungo Doyo.

« Comme en vous contemplant dans un miroir précieux,
La forme et le reflet se regardent.
Vous n’êtes pas le reflet,
Mais le reflet est vous. »

L’Hokyo zanmai traite de la conscience pure pendant la méditation zen assise, le zazen.
Le miroir précieux, incluant toute chose, forme et non-forme, reflète tous les phénomènes qui apparaissent et disparaissent librement, insaisissables.

L’Hokyo zanmai, le samadhi du miroir précieux, est l’éveil de l’esprit à la nature de Bouddha de toutes les existences.

Récité régulièrement dans les temples zen, l’Hokyo zanmai fait partie des principaux textes du bouddhisme zen soto au même titre que le Shinjinmei, le Shodoka et le Sandokai.

Les manières de maître Tozan, d’instruire et de guider ses disciples, étaient douces, sans bâton ni cri. Dans l’introspection silencieuse de la méditation, ils devaient chercher l’éveil qui doit se manifester dans les activités de la vie quotidienne.

Traduction française :

1. traduction corrigée par maître Yuno Rech, Laurent Strim et Katia Revel à partir de la traduction de maître Taisen Deshimaru

Le samadhi du miroir précieux

Tozan - pastel de Reikai Vendetti (Jean-Claude Gaumer)

Tozan – pastel de Reikai Vendetti (Jean-Claude Gaumer)

Ainsi est le Dharma que le Bouddha et les Patriarches ont transmis intimement.
Maintenant vous l’avez, alors protégez-le bien.

Comme un bol rempli de neige, comme un héron caché dans le clair de lune, ils sont semblables mais non identiques ; rapprochés leurs différences apparaissent.
Le sens ne réside pas dans les mots, mais le moment décisif le fait apparaître.
Si vous les suivez vous êtes pris au piège, si vous les négligez vous tombez dans le doute.
Rejeter les mots et s’y attacher sont des erreurs, car c’est comme un grand feu, qui est utile mais dangereux.
Le décrire de façon littéraire c’est le tacher de souillures. Dans l’obscurité de la nuit cela est parfaitement clair ; à la lumière du jour cela est caché.
C’est la Loi qui gouverne toutes choses ; utilisez-le pour déraciner toutes les souffrances.

Bien que cela ne soit pas fabriqué, ce n’est pas au-delà des mots.
C’est comme devant le miroir précieux ; la forme et le reflet se regardent. Vous n’êtes pas cela mais cela est vous.
C’est comme un bébé nouveau-né, il est pourvu des cinq organes des sens. N’allant ni ne venant ; n’apparaissant ni ne demeurant ; « baba, wawa » est-ce que cela dit quelque chose ou pas ?
À la fin, il ne dit rien, car ses mots ne sont pas encore justes.

En doublant le trigramme du feu, les lignes intérieures et extérieures interagissent.
Empilées elles deviennent trois, permutées elles deviennent cinq. Comme le goût de la plante aux cinq saveurs, ou comme les cinq branches du sceptre vajra.

Harmonieusement réunis au centre, le tambour et le chant arrivent ensemble.
Pénétrer la source et aller sur la voie, embrasser le paysage et apprécier le chemin.
Respectez cela et ne le négligez pas.

Naturel et subtil, ce n’est ni l’ignorance ni l’éveil.
Parmi les causes et les conditions, le temps et les saisons, il est serein et illumine.
Il est si pur qu’il pénètre là où il n’y a pas d’espace, il est si vaste qu’il est au-delà de toute dimension.
Si vous vous en écartez de la distance d’un cheveu, vous n’êtes plus en harmonie. Maintenant il y a le soudain et le graduel, dans lesquels les enseignements et les approches apparaissent. Quand ils se différencient chacun possède ses normes. Mais que ces enseignements et ces approches soient maîtrisés ou non, la réalité s’écoule constamment.

À l’extérieur le calme, à l’intérieur l’agitation, c’est comme le cheval entravé ou le rat caché.
Les sages d’autrefois eurent pitié d’eux et leur offrirent le Dharma.
Conduits par leurs vues erronées ils prirent le noir pour le blanc.
Quand ces vues erronées cessent, ils réalisent l’esprit qui s’harmonise naturellement.

Si vous voulez suivre la voie ancienne, je vous en prie, observez les sages d’autrefois.
Celui qui est sur le point de réaliser la voie de Bouddha a contemplé l’arbre pendant dix kalpas.
C’est comme la blessure du tigre ou le boitillement du cheval.

Parce que certains ont un manque ils cherchent le siège précieux et les vêtements décorés.
Parce que d’autres ont une vision large, ils réalisent qu’ils sont comme le bœuf brun et le bœuf blanc.

Hïeï par sa grande habileté atteignit la cible à cent mètres.
Mais quand les flèches se touchent en plein vol, comment cela peut-il être une question d’habileté ?

L’homme de bois se met à chanter, la femme de pierre se lève et danse. Cela n’est pas atteint par les sensations ni la conscience, comment cela pourrait-il concerner les discriminations ?
Les ministres servent le seigneur, les enfants obéissent à leurs parents.
Ne pas obéir est contraire au devoir filial, ne pas suivre n’est pas être un véritable ministre.

Cachez votre pratique, agissez discrètement, apparaissez comme un fou ou bien un idiot.
Juste continuer ainsi est appelé être un maître parmi les maîtres.

2. traduction par maître Kengan D. Robert

Le Recueillement accompli dit « Miroir précieux »

Ohara Koson (Shoson), Singe essayant d'attraper le reflet de la lune,1910

Ohara Koson (Shoson), Singe essayant d’attraper le reflet de la lune,1910

La Réalité de bouddha telle quelle,
Les bouddhas patriarches l’ont touchée en secret.
Vous qui maintenant l’avez obtenue,
Je vous en prie, conservez-la intacte.

Comme pour un bol d’argent couvert de neige,
Ou une grue cachée dans l’éclat de la lune,
Les choses se ressemblent sans être égales.
Même confondues, on sait où elles sont.

Son sens ne se trouve pas dans les mots,
Il évolue au fil des occasions.
Ému, et vous voici au fond d’un trou.
En contradiction, et vous voilà hésitant.

Lui tourner le dos
Ou s’en approcher,
Ni l’un ni l’autre, il ne faut.
Elle est une masse ardente !

Exprimez-la en langue ornée,
Et la voilà souillée !
Le milieu de la nuit la fait luire en plein,
Et elle s’évanouit aux lueurs de l’aube.

Elle est la norme qui régit les choses,
Usez-en pour abolir la souffrance.
Même si elle n’est pas conditionnée,
Les mots ne manquent pas pour en parler.

Tout comme vos traits et leur reflets
S’entre-regardent dans un miroir précieux.
Vous n’êtes pas elle,
Mais elle est bien vous.

Elle a les cinq marques d’un nouveau né,
Qui ne s’en va ni ne s’en vient,
Qui ne se lève ni ne reste en place.
Et dont le babil, phrase ou non,
N’obtient finalement rien :
La parole n’étant pas encore juste.

Semblable à l’hexagramme « Feu »,
Des traits qui s’organisent,
Et qui, superposés, donnent trois,
Et cinq quand ils sont permutés.

Elle embrasse l’interdépendance merveilleuse
De l’infinie variété des choses du monde,
Comme les cinq goûts de l’herbe shiso,
Comme le sceptre diamant.
Elle est le tambour accompagnant
Le chant à l’unisson.

Elle passe par l’origine,
Elle parcourt les voies,
Elle s’insère dans toute zone,
Elle s’insinue par tout passage.

Si l’on s’applique à bien la respecter,
L’augure sera heureux.
Rien ne peut s’opposer
A son ordre des choses.

Mystérieuse par son état naturel,
Elle ne relève ni de l’illusion, ni de l’éveil.
Selon les causes-et-conditions et les occasions,
Elle brille en silence.

Si mince, qu’elle s’insère où il n’y a pas de faille,
Si grande, qu’elle dépasse toutes les limites.
Pourtant, dès le plus infime écart,
On se désaccorde de son harmonique.

Aujourd’hui existent
Un éveil soudain et un éveil graduel.
Des systèmes religieux apparaissent,
Et, pour cette raison, se divisent.
Aussitôt, ils en font des normes.
Que les religions qui suivent les normes,
L’appréhendent ou non,
La réalité, elle, poursuit son cours.

Calmes au dehors, vibrants en dedans,
Comme un cheval entravé ou un rat tapi,
Les bouddhas du passé poussés par la pitié,
Ont fait don de la Réalité de Bouddha.

À suivre des idées erronées,
On prend de la soie noire pour de l’écrue.
Que ces idées erronées s’entre-détruisent,
Les esprit abusés se réforment d’eux-mêmes.

Si vous aspirez à suivre la voie ancienne,
Je vous en prie contemplez les sages d’antan,
Comme ce bouddha qui, sur le point de réaliser son Éveil,
Contempla un arbre durant dix éons.

Qu’une vie de misère,
Fasse se révéler le trésor de la nature de Bouddha,
Comme l’oreille manquante d’un tigre,
Comme les balzanes d’un cheval.
Son prodige fait que même les êtres obtus en sont touchés.

Comme des flèches tirées à cent pas par Yi l’expert.
Et si une lance atteint sa flèche en plein vol,
En quoi son savoir faire est-il neutralisé ?
Qu’une femme stérile se lève pour danser
Quand un nigaud chante,
Cela ne relève ni du sentiment ni de la conscience.
Mieux ! A-t-elle même besoin d’y réfléchir ?

Un vassal sert son suzerain,
Un fils obéit à son père.
Ne pas obéir ce n’est pas être bon fils,
Ne pas servir ce n’est pas aider.

La pratique des bouddhas Patriarches
Quotidienne, sérieuse et sans ostentation
Dans les comportements ordinaires
Elle semble niaise ou absurde.
Pourtant le fait qu’elle se perpétue
Par exacte transmission mutuelle,
L’a fait nommer «Souveraine parmi les souverains».

Version Japonaise :

Hokyo zanmai

Nyo ze no hō, busso mitsu ni fusu. Nanji ima kore o etari ; yoroshiku yoku hōgo subeshi. Ginwan ni yuki o mori, meigetsu ni ro o kakusu. Rui shite hitoshikarazu ; konzuru tokinba tokoro o shiru. Kokoro kotoni arazareba, raiki mata omomuku. Dōzureba kakyū o nashi, tagaeba kocho ni otsu. Haisoku tomoni hi nari ; taikaju no gotoshi.Tada monsai ni arawaseba, sunawachi zenna ni zokusu. Yahan shōmei, tengyō furo. Mono no tame ni nori to naru ; mochiite shoku o nuku. Ui ni arazu to iedomo, kore go naki ni arazu. Hōkyō ni nozonde, gyōyō ai miru ga gotoshi. Nanji kore kare ni arazu, kare masani kore nanji. Yo no yōni no gosō gangu suru ga gotoshi. Fuko furai fuki fujū ; baba wa wa ; uku muku. Tsuini mono wo ezu, go imada tadashi karazaru ga yue ni. Jū ri rikkō, henshō ego, tatande san to nari; henji tsukite go to naru. Chisō no ajiwai no gotoku, kongō no cho no gotoshi. Shōchū myōkyō, kōshō narabi agu. Shū ni tsūji to ni tsūzu, kyōtai kyōro. Shakunen naru tokinba kitsu nari; bongo subekarazu. Tenshin ni shite myō nari, meigo ni zoku sezu. Innen jisetsu, jakunen to shite shōcho su. Sai ni wa muken ni iri,dai ni wa hōjo o zessu. Gōkotsu no tagai, ritsuryo ni ōzezu. Ima tonzen ari, shūshu o rissuru ni yotte. Shūshu wakaru, sunawachi kore kiku nari. Shū tsūji shu kiwamaru mo, shinjō ruchū. Hoka jaku ni uchiugoku wa, tsunageru koma, fukuseru nezumi. Senshō kore o kanashinde, hō no dando to naru. Sono tendō ni shitagatte, shi o motte so to nasu. Tendō sō messureba, kōshin mizukara yurusu. Kotetsu ni kanawan to yōseba, kō zenko o kanzeyo. Butsudō o jōzuru ni nannan to shite, jikkōju o kanzu. Tora no kaketaru ga gotoku, uma no yome no gotoshi. Geretsu aru o motte, hōki chingyo. Kyōi aru o motte, rinu byakko. Gei wa gyōriki o motte, ite hyappo ni atsu. Senpō ai ō, gyōriki nanzo azukaran. Bokujin masa ni utai, sekijo tatte mō. Jōshiki no itaru ni azaru, mushiro shiryo wo iren ya. Shin wa kimi ni bushi, ko wa chichi ni junzu. Junzezareba kō ni arazu, busezareba ho ni arazu. Senkō mitsuyō wa, gu no gotoku ro no gotoshi. Tada yoku sōzoku suru o, shuchū no shu to nazuku.

Partager cet article : Facebook