Les trois qualités d’un responsable selon Dōgen Zenji

Les enseignements du zen et l’étude de la vie des maîtres sont une grande aide pour ceux qui prennent le temps de s’y pencher. Par leur lecture, c’est l’occasion de questionner notre pratique pour les intégrer réellement dans notre vie quotidienne.

Extrait du Tenzo Kyōkun de Maître Dōgen :

sur les trois qualités requises par un responsable

Dogen-Zenji, les trois qualités d'un responsable

Dogen-Zenji

« … La fonction du chef ou du responsable, quel que soit le domaine de l’activité, y compris celle de cuisinier requiert trois qualités : la joie de vivre, la bienveillance et la grandeur d’esprit.

La joie de vivre signifie que vous êtes heureux d’accomplir votre tâche. Songer que si vous étiez né dans le Royaume des Dieux, vous seriez accaparé par tant de divertissements et de plaisirs que vous n’auriez ni le temps ni l’occasion de susciter en vous l’esprit d’éveil et encore moins de pratiquer. Vous n’auriez même pas l’opportunité de préparer la nourriture que vous offrez aux Trois Trésors, alors qu’ils sont le bien le plus précieux de l’univers ! Les Trois Trésors sont insurpassables en excellence, ni le roi des dieux ni le souverain du monde ne leur sont comparables. Le règlement des monastères dit au sujet des moines : « Respectés et honorés, ils vivent paisiblement à l’écart des affaires du monde ; n’étant pas souillés par la création d’objets de pensée, ils sont l’excellence de l’humanité. »

Non seulement vous avez la chance d’appartenir à l’espèce humaine, mais en plus vous avez l’honneur et le privilège de nourrir les Trois Trésors pour le bien de tous les êtres. N’est-ce pas là un magnifique karma ? Comment ne pas être au comble de la joie ? Imaginez que vous soyez né dans un autre monde tel que celui des enfers, ou des esprits avides, ou des bêtes, ou des démons, ou dans toute autre situation difficile qui ne vous permettrait pas de voir et d’entendre la voie. Imaginez que même en ayant endossé l’habit miraculeux du moine, vous ne soyez pas en état de préparer correctement les repas des Trois Trésors, parce que votre esprit et votre corps, réceptacles de souffrances, sont entravés en raison du douloureux sort dont vous êtes affligé. Puisque cette vie vous permet de faire la cuisine, soyez heureux de vivre cette vie et réjouissez-vous d’être ce que vous êtes. Votre excellent karma est source de mérites inaltérables pour des myriades d’éons. Puissiez-vous, par votre travail et votre application, chaque jour, à chaque moment, venir en aide à tous les êtres de l’univers et utiliser votre corps qui est le fruit de myriades de vies, à créer de bon liens karmiques. Si vous considérez toutes choses dans cet esprit, votre cœur sera comblé de joie. Seriez-vous même le souverain du monde, et que vous ne prépariez pas les repas offerts aux Trois Trésors, vous n’en tireriez aucun profit et tous vos efforts ne seraient que poussière d’eau et feu de paille.

La bienveillance est le sentiment d’un père ou d’une mère pour son enfant. Quand on pense aux Trois Trésors on éprouve ce même sentiment. Que les parents soient pauvres et même dans la misère, leur tendresse est aussi grande et leurs soins sont aussi attentifs. Comment expliquer ce sentiment ? Celui qui n’a pas d’enfant ne peut le comprendre, il faut être parent soi-même pour le ressentir. un père ne considère pas son fils en termes de perte ou de profit, il pense avant tout à bien l’élever. Au mépris de son confort personnel, il le protège du froid et l’abrite du soleil. La tendresse parentale est le comble de la bienveillance. Celui qui a atteint l’esprit d’éveil connaît ce sentiment et seul celui qui le pratique peut le ressentir. Ainsi, quand dans vos mains, vous tenez l’eau ou le grain, ne les voyez-vous pas avec le regard aimant et tendre d’une mère qui prend soin de son enfant ? Notre grand maître Shakyamuni nous aurait-il fait don de vingt ans de sa vie pour nous protéger en cet âge de déclin, s’il ne s’était penché sur nous avec la tendre attention d’un parent qui ne cherche ni à obtenir des résultats ni à faire fortune ?

La grandeur d’esprit, c’est grand comme une montagne, vaste comme l’océan. C’est un esprit sans idées reçues ou partisanes. Il ne se réjouit pas quand il n’a qu’une once à porter et il ne s’afflige pas de soulever trente livres. Même s’il entend l’appel du printemps, il ne vas pas sauter de joie dans la rosée et s’il comtemple les couleurs de l’automne, il ne verse pas de pleurs mélancoliques. Un paysage inclut les vicissitudes des quatre saisons, comme le poids inclut l’once et la livre. Un grand esprit englobe la totalité dse composants. C’est ainsi qu’il faut inscrire, comprendre et approfondir le mot grand. Si le cuisinier du monastère du mont Chia [Kassan Zenne] n’avait pas compris le mot grand, il n’aurait pas éclaté de rire en entendant le prêche de Tai-yuan [Taigen Fu] et ce dernier n’aurait pas réalisé l’éveil. Si le mot grand n’avait été inscrit dans l’esprit du maître Kuei-shan [Isan Reiyû], il n’aurait pas soufflé trois fois sur une brindille de bois mort qu’il avait ramassé. Si le maître Tung-shan avait ignoré le mot grand, il n’aurait pas répondu : « Trois livre de sésame ! » au moine qui l’interrogeait sur le Bouddha. il est essentiel que vous sachiez que nos grand maîtres du passé ont approfondi le mot grand dans toutes sortes de circonstances. Chacun, librement, l’a clamé d’une grande voix, a exposé le grand principe, accompli la grande affaire et formé de grands hommes. Ils ont parfait les êtres en les menant à l’éveil.

Que vous soyez supérieur d’un monastère, en charge d’une fonction ou simple moine, n’oubliez pas de toujours agir dans la joie, avec bienveillance et grandeur d’esprit.

J’ai écrit ce texte pour le léguer aux sages des générations futures qui étudieront la voie. »

Rédigé au printemps de l’année 1237, par le moine Dōgen qui transmet la loi dans la fonction de supérieur du monastère Kannondōri Kōshōhōrin-ji.

Extrait du Tenzo Kyōkun de Maître Dōgen sur les qualités du chef cuisinier d’un Temple.

>> Le Tenzo Kyōkun … voir la fiche de lecture
>> Maître Dо̄gen ? … une rapide présentation

La joie de vivre, la bienveillance et la grandeur d’esprit voilà trois qualités que nous pouvons développer dans notre vie quotidienne, avec nous-même, dans notre rapport aux autres et à l’environnement et dans les circonstances que nous rencontrons.

Les personnes qui pratiquent régulièrement la méditation peuvent voir ces qualités s’épanouirent naturellement en eux.

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